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Sénégal

Un Sénégal en retard par manque de vision et d’ambition politiques

Il y a quelques jours, je lisais dans la presse nationale que l’Assemblée nationale du Sénégal s’apprête à être rénovée par la République de Corée. J’en ressentis une grande honte, voyant comment le chemin parcouru par nos deux pays a été divergent au cours des soixante dernières années. Je ressentis également un grand malaise sur ce que je perçus comme la honteuse facilité des élites politiques sénégalaises à toujours demander de l’aide aux autres Etats.

Après la Deuxième Guerre Mondiale, la Péninsule de Corée fut divisée en deux Etats par le 38ème parallèle nord : l’une sous influence communiste, la Corée du Nord, l’autre sous influence occidentale, la Corée du Sud. En 1950, éclata une guerre entre les deux pays frères, qui dura 3 ans et aboutit à l’armistice de Panmunjom. Les deux Corées en sortirent exsangues.

Le Sénégal a accédé à la souveraineté internationale en 1960, sept ans après la Guerre de Corée. Depuis lors, notre pays n’a pas connu de grandes guerres ou crises majeures. Il a toujours été plutôt stable. Cependant, cette stabilité n’a pas été mise à profit par les divers gouvernements qui se sont succédé à la tête du Sénégal pour le développer. A cause de leur manque de vision, leur corruption, leur clientélisme, le Sénégal en est toujours au stade où il doit constamment solliciter les autres pays pour réaliser ses initiatives. Cette culture de «je demande toujours de l’aide», constitue l’un des plus grands obstacles au développement de notre pays, l’empêchant de trouver les solutions en lui, pour avancer et se hisser parmi ceux qui comptent dans le monde.

Très souvent, je vois dans la rue des symboles de cette propension sénégalaise à toujours demander de l’aide aux pays extérieurs. Ce sont les camions estampillés «don de tel pays au Peuple du Sénégal», ce sont les routes construites par la coopération de tel pays, ce sont les matériels médicaux, scolaires… offerts par tel pays.

L’Etat est une fiction juridique composée d’hommes et de femmes. Les relations qui gouvernent les rapports hu­mains le régissent également. Si une personne demande toujours de l’aide à une autre, cette dernière finit par la mépriser, ne plus éprouver du respect à son égard. Cette même situation se présente dans les relations entre un pays quémandeur et un pays donateur.

Le Sénégal doit prendre conscience que le développement ne passera jamais par l’aide ; je ne connais aucun pays qui s’est développé par ce moyen. L’avancement économique d’un pays commence par optimiser les ressources dont il dispose puis les investir dans des secteurs qui lui permettront de connaître une croissance économique plus élevée (Education, santé, entrepreneuriat, recherche-développement, industrie…)

Prenons l’exemple de la Corée. Elle ne dispose pas de grandes ressources naturelles ou de sol fertile. Cependant, elle comprit très tôt l’importance de l’éducation dans le développement d’un pays et investit une bonne partie de ses ressources dans la montée en compétence de sa population. Elle aida ses champions industriels nationaux à se développer – les fameux chaebols comme Samsung, Daewoo, Hyundai… Progressivement, ces derniers comprirent également l’intérêt de miser sur la formation de leurs employés pour devenir compétitifs à l’international. Cela créa un cercle vertueux : plus une population devient qualifiée, plus sa créativité, sa compétitivité et son esprit entrepreneurial croissent. J’écrivais plus haut que l’aide ne peut développer un pays mais l’investissement étranger, l’entrepreneuriat, l’innovation,  la recherche-développement peuvent y contribuer grandement et l’accélérer.

Ce n’est pas l’approche du Sénégal. Il est un pays où les principaux sujets de discussion et préoccupations sont les prochaines élections, dussent-elles se tenir dans 5 ans. La une de ses médias est souvent dominée par des affaires politiques futiles. Cela entraîne un pays où la médiocrité devient la norme, où l’accès à des postes de responsabilité n’est pas dû à la compétence mais plutôt à la transhumance ou au clientélisme.

Cette médiocrité de la classe politique est effarante. Elle parle rarement d’idées, de moyens d’amener le Sénégal de l’avant. Quand je lis des livres sur les nouvelles technologies, les idées en vogue dans le monde, les grands enjeux internationaux, je me rends compte que le Sénégal est un pays largué et qui ne semble pas avoir conscience qu’il est largué.

Dans tout cela, les plus lucides sont les populations. Elles savent qu’elles manquent de perspective au Sénégal. Aussi préfèrent-elles, si elles ont le choix, d’émigrer. Elles savent que, même si l’Europe et l’Amérique ne permettent pas l’enrichissement d’un coup de baguette, elles y ont plus de chances de réussir leur vie qu’au Sénégal.

La population a aussi conscience qu’en général, le moyen le plus rapide de s’enrichir au Sénégal est de faire de la politique, le moyen le plus sûr de se protéger quand l’on est accusé de corruption est de transhumer dans le parti au pouvoir. Cela entraîne qu’elle méprise la classe politique. La politique y perd son sens étymologique de «gestion de la cité» qui se trouve dévoyé au profit d’un moyen de s’enrichir rapidement et illicitement, de disposer de privilèges immérités.

Récemment, j’ai suivi l’altercation entre des militants de l’opposition et ceux du pouvoir à Ziguinchor. Qui a raison, qui a tort ne m’intéresse pas. Ce qui me met mal à l’aise est cette culture de la banalisation de la médiocrité, d’une campagne électorale permanente, d’une absence de réflexion pour trouver des solutions aux problèmes des Sénégalais. Le politicien sénégalais n’a pas le temps de réfléchir, de se poser des questions comme, comment puis-je mettre mes administrés dans les meilleures conditions, qu’est-ce qui empêche le Sénégal d’aller de l’avant et comment y remédier. Nous sommes à quelques mois des élections locales, et je vois peu de candidats aux élections locales qui proposent des solutions qui permettront d’améliorer la situation de leurs administrés. Cela en dit long sur la médiocrité de la classe politique sénégalaise.

Cela me donne l’impression que la classe politique semble ignorer que le Sénégal est dépassé économiquement par beaucoup de pays au même niveau que lui en 1960. Les pays asiatiques l’ont largué de la course depuis des années. Malgré les années de crise ivoirienne, il n’est pas parvenu à devenir la première économie de la zone Uemoa. S’il ne se ressaisit pas, il sera encore dépassé par d’autres pays qui, récemment, faisaient l’objet de la pitié et compassion du monde. C’est le Rwanda, l’Ethiopie. Tout simplement parce que leurs dirigeants croient en leur pays et ambitionnent de les hisser parmi les Etats qui comptent dans le monde.

La classe politique sénégalaise doit être honnête envers elle-même et se dire qu’elle a échoué. Cet échec est la cause principale du retard sénégalais. Celui-ci peut encore être comblé pour permettre à notre pays de devenir un Etat puissant économiquement, culturellement et militairement. Pour y parvenir, nous devons travailler plus dur, nous devons revoir nos priorités, et surtout nous devons changer de paradigme. Celui-ci doit être «les hommes ou femmes qu’il faut à la place qu’il faut», la lutte con­tre la corruption, l’investissement massif dans l’éducation, la santé, la recherche-développement, la stimulation de l’entrepreneuriat, la dignité dans les relations internationales.

Avec ces nouvelles manières de penser, le Sénégal peut atteindre très rapidement l’émergence et comme une croissance économique vertueuse entraîne une plus grande encore, devenir un pays développé, puissant, influent dans le monde.

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