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Penser différemment

Pourquoi entreprises et employés doivent-ils penser différemment ?

Les jeunes sont quasiment exclus de toutes les offres d’emploi que je vois publier dans les journaux. Le nombre d’années d’expérience qu’elles requièrent font qu’elles sont surtout destinées à des personnes d’un certain âge. Les entreprises semblent figées dans un modèle de recrutement qui ne devrait plus avoir sa place.

Dans son livre Merci d’être en retard, Thomas Friedman écrit : « la personne capable d’exécuter la tâche devrait avoir l’emploi ». Une pensée à laquelle j’adhère.

Souvent, on confond nombre d’années travaillées avec expériences. Ils ne sont pas la même chose : si j’ai passé cinq années dans un emploi mais qu’au cours de ces années, j’ai toujours fait la même chose, ai-je acquis plus d’expérience ? Je ne pense pas.

De plus, nous vivons dans un monde où l’expérience et le diplôme ne sont plus aussi déterminants qu’il y a des décennies. Tout ce que nous avons appris à l’école deviendra vite obsolète. Je suis diplômé de telle école est moins important que je continue de toujours apprendre, de mettre à jour mes connaissances.

Cette volonté de toujours apprendre est plus importante que l’expérience ou le diplôme. Dans tous les livres de management que j’ai lus, tous les interviews des grands patrons que j’ai suivis, je retiens une chose : l’emphase sur le monde qui change très vite, et pour suivre le rythme du changement, l’obligation de sortir de notre zone de confort, la nécessité de ne rien prendre pour acquis. Cela commence par toujours apprendre.

Quand une personne ne fait plus l’effort d’apprendre, elle garde ses certitudes d’il y a des années. Elle répète inlassablement ce qu’elle avait appris, même si cela n’est plus valable. Quand une organisation est composée de telles personnes, elle n’apprend plus, elle ne cherche plus la vérité, elle agit comme elle a toujours agi. Une telle mentalité  représente un danger : l’organisation se voit dépassée et finit par faire faillite.

C’est la même analogie avec une personne qui n’apprend plus. Elle représente un danger pour elle-même, son employeur. Beaucoup d’emplois disparaîtront au cours des prochaines années, d’autres seront créés. Certainement que nous serons appelés à changer de secteurs d’activité plusieurs fois dans notre vie. Pour réussir cela, nous devons investir sur nous-même, et l’investissement le plus rentable est constamment apprendre.

Si je dois recruter, je miserai sur la personne pour qui apprendre est plus important que le diplôme ou l’expérience. Si je dois choisir une entreprise, je choisirai une qui me permettra de toujours apprendre, une pour qui l’expérience importe peu, pour qui pouvoir faire le travail compte plus.

Parce qu’elles ne réfléchissent pas ainsi, beaucoup d’entreprises sont peu innovantes et créatives. Elles recrutent les mêmes profils, qui feront la même chose, elles n’osent pas embaucher cette personne qui n’a pas les diplômes ni l’expérience mais qui fera le travail bien et différemment.

Une entreprise qui oserait faire cela aura l’avantage. La consanguinité – même école, même parcours, même formation – nuit dans le monde divers d’aujourd’hui, où l’on sert plusieurs marchés, plusieurs pays. D’après l’Organisation Internationale du Travail – OIT -, les entreprises qui ont plus de femmes dans leurs comités de direction sont plus performantes[i]. Je soupçonne que les entreprises qui recrutent des profils atypiques sont aussi plus créatives.

Dans son livre Disruption, Stéphane Mallard écrit : « Il (le professionnel) voit les problèmes comme il les a toujours vus et les résout avec les outils et les solutions qu’il a toujours utilisés ». Généralement le changement vient des outsiders parce que les insiders sont habitués à réfléchir d’une certaine manière, depuis fort longtemps. La solution a beau sembler évidente, les insiders ne la voient pas parce qu’ils sont habitués à leur manière de faire. D’où la nécessité d’apporter du sang neuf, de recruter des profils différents.

Une entreprise qui comprend cela donnera la chance à des jeunes sans expérience, elle n’exigera plus que tel nombre d’années d’expérience est nécessaire pour exercer un emploi, elle n’exclura pas les personnes qui n’ont pas de diplômes mais sont capables de faire le travail. Une telle entreprise sera créative, elle réfléchira différemment, elle trouvera des solutions innovantes.

Le Sénégal doit être le pays de ces entreprises, il doit adopter le crédo nord-américain : que sais-tu faire ? Montre-nous que tu es capable et nous te donnerons ta chance. Cela créera une plus grande égalité des chances.

L’effort ne doit pas être uniquement fait par les entreprises. Nous devons accepter de toujours nous améliorer. Je suis tellement surpris par le nombre de personnes qui cessent d’apprendre après avoir obtenu leurs diplômes. Ces personnes pensent qu’elles n’ont plus besoin d’apprendre. Cela est un grand danger : elles seront très vite déclassées.

Le maintien de notre employabilité, la responsabilité de notre montée en compétence sont de notre ressort, n’attendons pas une entreprise pour entreprendre des actions nous permettant d’accroître nos chances. J’écrivais plus haut que l’investissement le plus rentable est celui que nous faisons sur nous-mêmes. Si nous ne sommes pas prêts à le faire, nous ne méritons pas d’atteindre nos objectifs.

Si nous refusons d’apprendre, nous serons vite déclassés. Encore une fois, le monde change très vite. Pour survivre et prospérer, nous devons constamment apprendre. Pour cela, nous avons besoin de sortir de notre zone de confort : lisons des livres, participons à des séminaires, visionnons des vidéos en ligne. Ce sont des actions qui seront tellement rentables que nous serons surpris par notre avancement. Ma méthode d’apprentissage préférée est les livres. Je me rends compte que si je peux écrire sur beaucoup de domaines, c’est grâce aux livres. Si je me sens confiant pour changer de secteur d’activité, c’est grâce aux livres. Ils me permettent de m’adapter à tout.

Les entreprises sénégalaises doivent changer de paradigme : elles doivent privilégier la compétence plutôt que le diplôme ou l’expérience. A défaut, elles seront peu créatives et compétitives. Il fait bien le travail est plus important qu’il a tel diplôme ou tel nombre d’années d’expériences. Les employés aussi ont leur part de responsabilité : ils doivent embrasser le « lifelong learning » pour demeurer toujours compétents. A défaut, ils seront surclassés, perdront leurs emplois avec peu de chance d’en trouver à nouveau. Si entreprises et employés font les actions adéquates, c’est le Sénégal qui y gagnera, devenant un pays plus innovant, créatif et compétitif.


[i] https://www.europe1.fr/economie/les-entreprises-qui-emploient-plus-de-femmes-ont-de-meilleurs-resultats-selon-lonu-3900242

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