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Mêle-toi de ce qui te regarde

Occupons-nous de notre vie !

Après un long séjour à l’extérieur, un de mes amis décida de rentrer définitivement au Sénégal. M’expliqua-t-il, il était devenu las de l’Occident et voulait donner une nouvelle impulsion à sa vie : aussi revint-il vivre dans son pays natal.

Dans son roman Americanah, la romancière nigériane Adichie évoque la même situation. La protagoniste principale – Ifemelu – choisit de retourner au Nigéria après une dizaine d’années passées aux États-Unis parce qu’elle était fatiguée du racisme ou simplement aspirait à revivre au Nigeria.

Mon ami, me raconta-t-il : « les premières semaines étaient cordiales, les gens croyaient que j’étais juste de passage au Sénégal et quelques semaines plus tard, je rentrerais dans mon pays d’adoption. Quand ils constatèrent que mon séjour se prolongeait et que je n’avais pas l’air de vouloir rentrer, je fus harcelé de questions, conseils : que fais-tu ici encore ? Sénégal nékhoul, deloul mo gueune[1]… » Et c’est la même chose qui arriva à Ifemelu dans le roman Americanah.

           

Toute personne qui décide de ses choix de vie au Sénégal a vécu pareille situation. Les conseils non sollicités, les critiques récurrentes de personnes ignorant tout de nous. Chacun se croit permis de nous dire comment devrions-nous vivre, même si peu semblent savoir comment il devrait vivre.

           

Je vois tellement de personnes se plaindre de la pression sociale au Sénégal. « Tu as grossi », « tu as maigri », « il est temps de se marier ». Le genre de remarques qui font mal, surtout venant de personnes qui ne connaissent pas grand-chose à notre situation. Mettons-nous à la place de l’autre : savons-nous pourquoi a-t-il maigri ou grossi ou pourquoi n’est-il pas marié ? Connaissons-nous toute sa situation ? Cette perte ou prise de poids n’est-elle pas due à une maladie ? Qu’est-ce que ça nous rapporte de faire un tel commentaire ? Aide-t-il la personne à se sentir mieux ?

           

Mes activités de recherche m’obligent à m’isoler de longues heures. Je m’agace souvent quand je reçois des conseils tels : « trop s’isoler n’est pas bon », « tu risques de devenir fou. » Et ces personnes me regardent avec des yeux de pitié. Un jour, excédé, je répondis à l’une d’elles : « qu’est-ce qui est plus sain entre passer toutes ses journées à accomplir les mêmes activités comme palabrer ou boire du attaya et vaquer à des occupations comme lire et écrire, même si nous devons nous isoler pour y parvenir ? »

           

Comment je vois les choses est l’impossibilité de laisser une personne vivre sa vie telle qu’elle l’entend au Sénégal. Je n’écoute guère Wally Seck – sauf en de rares occasions – et son style musical m’est indifférent. Cependant, je ne comprends pas l’acharnement envers sa personne. Ai-je observé que les personnes qui le vilipendent rêvent de devenir comme lui, sont envieuses de son succès auprès des filles et avaient-elles la confiance que Waly Seck dégage pour s’assumer, elles procéderaient pareil.

           

Il y a des années, j’étais du genre à juger les autres pour un oui ou un non. Certains événements de ma vie m’ont fait prendre conscience que je ne suis pas en droit de juger la vie des autres, que ce que je connais d’eux n’est qu’apparent, qu’ils ont des circonstances atténuantes qui ne justifient peut-être pas leurs actes mais permettent de les comprendre.

Ma vie est plus sereine depuis que je ne m’occupe plus que de ma vie, que je crois en des valeurs que je n’essaie pas d’imposer aux autres. L’empathie que je m’évertue à développer pousse les autres à me faire plus confiance. La meilleure attitude dans la vie est de donner aux gens l’envie de nous suivre par nos actes et non par nos paroles. Je pense toujours à cette sage parole de Jésus aux personnes qui voulaient lapider la femme adultère : « que celui qui n’a jamais péché lui jette la première pierre. » Et au Sénégal, les plus grands pécheurs sont également les plus grands donneurs de leçons.

Linguère VDN est un théâtre de la troupe Daraay Kocc – je le conseille à tout le monde. Je ne me rappelle pas du nom des personnages. Voici un synopsis de cette pièce de théâtre. L’actrice principale était une prostituée qui un jour rencontra un homme comme il le faut. Cet homme entreprit de l’épouser alors qu’il était fiancé à une fille comme il le faut aussi. Quand son ami lui parla de ce choix inconséquent, il lui répondit que « nous avons tous eu à commettre des erreurs. La vie d’avant est passée, il faut se projeter dans le futur » Les « juges » et donneurs de leçons ne doivent pas oublier toutes les erreurs qu’ils ont eu à commettre et qui si elles étaient sues, sans doute terniraient leur image.

           

Dans le monde des sénégalais, on ne juge que par l’apparence. Et c’est cela qui crée les problèmes dans ce pays : les gens sont attirés par l’illusion, les faux-clinquants et sont prêts à tout pour les acquérir. Un jour, ils découvrent leur futilité et cela par la pire des manières possibles : la chute, la prison, l’abandon des thuriféraires d’alors.

C’est ce qui explique le nombre croissant d’affaires dans ce pays. Une vie réussie n’est pas synonyme d’une vie extravagante, futile et agitée. Elle peut être une vie simple, tranquille où la personne ne s’occupe que de l’essentiel en évitant de s’immiscer dans celle des autres. Et c’est cette vie faite de réserve, de tolérance qui doit devenir la norme et non celle des conseils à tout va, des critiques sans comprendre toute la situation de la personne.


[1] Rentre c’est mieux, le Sénégal est très difficile

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