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Des idées pour diminuer le chômage au Sénégal.

En 2000, lors d’un meeting électoral, Abdoulaye Wade demanda à son auditoire : « que ceux qui n’ont pas d’emploi lèvent la main. » Brillante stratégie politique, beaucoup de mains se levèrent et il ajouta : « dès que je serai élu, je vous trouverai du travail. » En 2012, son successeur jouera aussi sur le problème du chômage en promettant « aux jeunes filles des maris en créant des emplois pour les hommes, ce qui leur permettra de les épouser. » 

Le chômage est un des soucis majeurs des sénégalais. Aussi verser dans des promesses populistes en matière d’emploi est-t-elle une des principales stratégies des politiciens sénégalais pour garder ou conquérir le pouvoir.

           

Je me rappelle qu’au 31/décembre/2012, lors de son discours à la Nation, le Président de la République avait annoncé l’embauche de 5500 jeunes dans la fonction publique. Quand il y a des millions de jeunes sénégalais sans emploi – il fallait voir les trottoirs du building administratif envahis par des milliers de demandeurs d’emplois, venus déposer leur candidature -, ce n’est pas une telle mesure qui résoudra le problème du chômage.

L’État ne peut pas intégrer dans l’administration publique tous les chômeurs, mais il peut encourager l’innovation et accompagner l’entreprenariat, actions qui réduiront le chômage.

Dans un pays comme le Sénégal, le capital fait souvent défaut, les banques sont pour la plupart – ou en totalité – averses au risque. Aussi des idées brillantes sont-elles abandonnées parce que les personnes qui veulent les développer n’ont pas de fonds pour y parvenir. L’initiative privée n’est pas un luxe aujourd’hui, elle est une nécessité. Et tout État qui veut se développer doit obligatoirement l’encourager. Et l’encourager ne veut pas dire « allez les jeunes, osez », c’est aider ceux qui ont le talent à concrétiser leur projet.

Les banques sénégalaises ne doivent plus se contenter de fonctions traditionnelles révolues – encaisser et décaisser l’argent. Elles doivent prêter des fonds, oser le capital-risque et ainsi permettre la création de nouvelles entreprises. Dans la Silicon Valley, aux États-Unis ou à Bangalore en Inde, des sociétés financières ont investi dans des projets porteurs certes mais risqués. Tant que le système financier sénégalais n’osera le risque, des entreprises telles Google, Free, Infosys… n’y naitront pas.

           

L’État du Sénégal peut accompagner ce processus. Incapable de recruter tous les chômeurs, il peut jouer sur ses leviers fiscaux pour encourager l’initiative privée et soutenir les banques qui s’y engagent. Par exemple, déduire fiscalement les pertes des banques qui financent des projets ou accorder des crédit-impôt aux entreprises qui innovent – les pertes fiscales des premières années seront compensées à terme quand ces entreprises deviendront profitables et ainsi paieront l’impôt.

           

Mais n’oublions pas que l’initiative privée doit provenir des sénégalais. Aucune mesure de l’État pour l’encourager, aucune initiative des banques pour la financer ne réussiront tant que les sénégalais ne se responsabiliseront pas. Se responsabiliser signifie prendre sa vie en main, ne pas tout attendre de l’État. Parfois, la situation précaire des sénégalais est de leur propre faute, au vu des gaspillages auxquels ils se livrent lors des baptêmes ou mariages.

À côté de l’initiative privée des sénégalais, le Sénégal doit encourager l’investissement étranger pour résoudre le problème du chômage. Aujourd’hui, aucun pays ne peut avancer sans l’apport de ces capitaux extérieurs et les importantes créations d’emplois qu’ils entrainent. Les nouveaux pays développés asiatiques – Singapour, Corée du Sud, Taiwan… – dépourvus en ressources naturelles – tout comme le Sénégal – les ont attirés pour se développer.

Le Sénégal capte peu de ces capitaux. Et pour en capter davantage, il doit revoir le fonctionnement de son système éducatif et bâtir des infrastructures de qualité.

Les institutions scolaires sénégalaises se trouvent dans une situation désastreuse. Et cela nuit au Sénégal : ne formant pas sa population pour qu’elle devienne compétitive dans le monde, le Sénégal manque de capital humain, ce qui lui fait perdre des investissements au profit d’autres pays avec une population mieux formée. Pour que cette situation change, le Sénégal doit opérer une refondation éducative – encourager plus de vocation scientifique, mettre l’accent sur une pédagogie pratique…

Également dans cette stratégie pour attirer les investissements extérieurs, la politique de grand chantier doit-être continuée. Quand Abdoulaye Wade entreprenait ses grands chantiers – autoroute à péages, nouvel aéroport… -, certains sénégalais se plaignirent que ces chantiers n’amélioreront pas leur quotidien; « on ne se nourrit pas de route disaient-ils ».

Une vision à court terme; comment mettre en valeur un territoire quand il ne dispose pas de moyens de transport efficaces pour relier entre eux les endroits stratégiques? À long terme, des infrastructures de qualité attirent les investisseurs : elles facilitent le transport – ce qui développe le commerce, et permet une exploitation plus aisée des richesses d’un pays ainsi qu’un plus rapide acheminement des produits qu’il fabrique.

           

Accompagner l’initiative privée et encourager l’investissement extérieur, deux outils que le Sénégal doit utiliser pour lutter contre le chômage.  Le Sénégal ne dispose pas de ressources naturelles en grande quantité et ne peut embaucher dans la fonction publique tous ses chômeurs. Cependant, il peut inciter ses banques à financer davantage de projets – ce qui promouvra l’entreprenariat chez les sénégalais -, il peut attirer les investisseurs en éduquant sa population et en construisant des infrastructures de qualité.

Des mesures que notre pays doit prendre et quand il les prendra, elles rendront notre pays plus attractif économiquement et cette attractivité économique se répercutera par des créations d’entreprise, une plus grande compétitivité et un chômage qui se résorbe.

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