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leadership, management, obama

Comment le système ou style de management peut faire grandir ou péricliter une entité ?

Je suis en train de relire le livre de Barack Obama, Une Terre Promise. Dans beaucoup de passages fort inspirants, Obama donne des leçons de leadership que bien des responsables seraient inspirés d’appliquer. L’un de mes favoris est quand Tim Geithner, son Secrétaire au Trésor, prononça son premier discours en tant que titulaire de cette fonction. De l’avis général, ce discours fut un désastre. Obama le blâma-t-il ? Non, il reconnut que c’était de sa faute : « un échec de ma part à mettre ceux qui travaillaient avec moi en position de réussir » et qu’il devait apporter des modifications à ses méthodes comme : « accorder une attention minutieuse au personnel affecté à tel ou tel projet, et de soigner les détails, pas seulement sur le fond, mais aussi dans la mise en scène. »

En cela, nous pouvons tirer des leçons comme l’importance pour un leader d’apprendre de ses échecs et erreurs et ceux de ses collaborateurs afin de progresser, d’endosser la responsabilité de leurs fautes, leur donner le crédit des réussites et ne pas se les approprier seul.

En discutant avec maintes personnes, je me rends compte que peu d’entre elles sont réellement inspirées ou motivées par leur travail. Ces personnes accomplissent leurs tâches sans plus. Pourtant, elles auraient été capables de faire mieux ou plus avec un meilleur système de management ou avec des managers plus efficaces et empathiques.

Si Obama avait pu et su mobiliser à ce point les Américains et le monde entier, c’est parce qu’il était porteur d’un espoir et d’une vision qui donnaient envie de lui donner sa chance, de lui confier la Présidence des Etats-Unis, malgré sa relative inexpérience. Cependant, si j’observe la plupart des managers autour de moi, ils n’inspirent pas ou inspirent peu, parce que porteurs d’une « vision » qui ne se limite qu’à eux.

C’est l’impression que le manager n’est intéressé que par sa carrière. Cela se matérialise par l’utilisation systématique de Je, moi, mon. Il ne laisse aucune place aux autres. Les erreurs sont systématiquement critiquées, les succès passés sous silence. C’est aussi un manager qui te donne l’impression qu’il t’abandonnera dès qu’un problème surviendra. Finalement, cela crée un environnement timoré où personne n’ose prendre des risques, un environnement où la peur domine.

Cela crée un cercle vicieux : plus nous avons peur, moins nous prendrons des risques. Nous nous contenterons de faire ce que nous avons toujours fait, en oubliant que le monde évolue vite et qu’il est nécessaire d’ébranler nos certitudes. Cela finit par entraîner des conséquences désastreuses comme ces entreprises qui disparaissent soudainement, après avoir dominé le marché pendant des décennies, des années.

C’est le rôle d’un manager d’éviter un tel état d’esprit dans son service. Pour cela, il doit créer un environnement propice à la prise de risque, à l’innovation.

J’ai l’habitude de demander à un manager quelle est son attitude quand un collaborateur commet une erreur ? La réponse à cette question représentera un baromètre de l’environnement de travail que nous avons instauré ou voulons instaurer.

Il ne s’agit pas d’être permissif, d’encourager le manque de rigueur, il s’agit juste de comprendre que la meilleure manière de grandir est de commettre des erreurs, d’en apprendre pour faire mieux. Quand les employés comprennent qu’ils évoluent dans un tel environnement, ils seront plus enclins à agir de manière audacieuse, à prendre des risques. Une telle entreprise connaîtra certainement plus d’échecs que la moyenne mais aussi plus de succès, et ses réussites seront éclatantes, ce qui lui permettra de devenir leader de son marché.

Un manager déteint sur son équipe, d’où l’exigence d’exemplarité. Je lis souvent dans la presse que tel ministre ou dirigeant encourage l’austérité chez la population mais ne se l’impose pas. C’est une farce que de croire pouvoir demander des sacrifices à la population sans se l’imposer.

Je déplore souvent la grève des enseignants au Sénégal parce que n’aidant pas les couches les plus défavorisées de la population, celles qui étudient dans les écoles publiques. Cependant je dois reconnaître que si l’Etat diminuait son train de vie, les enseignants seraient plus enclins à agir pareil, comprenant que tout le monde doit faire un effort pour le bien de tous. Quand le Gouvernement maintient son train de vie ou l’augmente, puis demande aux couches défavorisées de la population de faire des sacrifices, c’est un leurre de penser qu’elles le prendront au sérieux.

Le premier devoir d’un Gouvernement est l’exemplarité, montrer le bon exemple, être le premier à se sacrifier. Si l’Etat diminuait les institutions et agences inutiles, le nombre de ministres et conseillers, luttait plus fermement contre la corruption, la population deviendrait plus civique, respecterait davantage la parole du Gouvernement, développerait une plus grande confiance envers ses dirigeants.

Je lisais dans le livre de Michelle Obama Devenir comment Barack Obama avait refusé de changer les meubles de la Maison Blanche quand ils s’y installèrent parce qu’estimant que les Etats-Unis vivaient une crise sans précédent et qu’ils devaient donner l’exemple. Avec une telle attitude, la population acceptera les sacrifices qu’on lui demande parce que voyant que le sommet de l’Etat montre l’exemple. C’est pour cela que les pays les moins corrompus sont aussi les plus civiques parce que le contrat social est simple : nous faisons confiance au Gouvernement parce qu’il représente le bien commun et a à cœur l’intérêt général.

C’est ce système de management et leadership dont a besoin un pays, une entreprise, une famille. Un management ou leadership humain et juste, impartial et exemplaire. Les humains peuvent accepter l’autorité parce qu’ils n’ont pas le choix mais le respect est quelque chose qu’une personne doit gagner. Quand ce respect n’existe pas, les gens n’en feront pas plus parce qu’estimant que ceux qui les dirigent ne le méritent pas.

Le capital humain représente l’actif le plus important de toute entité, l’entité a intérêt à en prendre soin, ce qui entraînera une rétroactivité : le capital humain aussi prendra soin de l’entité.

Aussi est-important que les managers comprennent cela, et c’est ce qui leur permettra de devenir leader. Cela exige plus que le titre mais des actions qui le reflètent. Etre manager juste pour le prestige ne sert pas à grand-chose parce que les personnes subordonnées sont en fin de compte celles qui détiennent le pouvoir : ce seront elles qui permettront à l’entité de connaître le succès.

Posons-nous la question : avec notre système de management actuel, des bénévoles accepteraient-ils de travailler sous nos ordres ? En répondant honnêtement à cette question, nous saurons si nous devons changer des choses, en améliorer d’autres. Si des bénévoles n’accepteraient pas de travailler sous nos ordres, cela veut dire nous sommes en train de gâcher le potentiel de notre entité, que nous ne créons pas les conditions pour que nos collaborateurs fassent plus et mieux.

Cela nous fera perdre doublement : nous gâchons le potentiel de nos collaborateurs et empêchons notre entité de croître. C’est le problème de ces Etats qui briment le talent de leurs populations parce qu’entreprenant des actions nocives qui empêchent leur éclosion. C’est le problème de ces entreprises dont les employés ne sont pas motivés et se contentent de faire le travail, sans plus.

Il est possible d’y remédier en permettant aux collaborateurs d’évoluer, de grandir, d’apprendre, de les inspirer en donnant l’exemple. En agissant ainsi, une entité créera les conditions pour qu’elle puisse atteindre ses objectifs et se développer. Cela mérite qu’elle essaie cette nouvelle méthode de management basée sur la confiance, la tolérance aux erreurs et échecs pour faire mieux la prochaine fois, l’exemplarité des dirigeants.