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AFRIQUE

Comment changer le récit de son histoire aidera l’Afrique ?

On dit du passé qu’il n’est pas objectif, qu’il dépend de comment on l’interprète. Cela est valable pour les Etats, les entreprises, les personnes physiques. A un moment donné de leur existence, chacun d’eux a connu des difficultés et des problèmes mais comment l’ont-ils interprété détermina leur sort.

Les africains se parlent négativement.

           

Tel est le problème des pays africains et de leurs populations. L’histoire qu’on leur apprend est tout sauf inspirante, elle est de nature à engendrer un manque d’estime de leurs populations envers elles-mêmes. On leur dit que leurs ancêtres ont subi l’esclavage, que leurs ancêtres ont été colonisés, que leurs ancêtres n’ont pas ou presque pas contribué à l’histoire. J’ai suivi tellement de cours de professeurs disant que l’africain est paresseux, qu’il n’a pas la capacité de s’élever. Ce prisme négatif n’est pas de nature à entraîner un sursaut.

           

Je dis bien que chaque Etat, à un moment donné, a eu à faire face à des difficultés. Ces difficultés ne l’ont pas condamné à une pauvreté éternelle ou à une déchéance permanente. Au contraire ces difficultés ont été leur motivation pour se remobiliser et relever les défis auxquels ils faisaient face.

S’inspirer de certains pays.

Avant 1949, la Chine vivait sous le joug des « traités inégaux ». Les grandes puissances de l’époque occupaient des portions du territoire chinois, y imposaient leurs règles, notamment l’extraterritorialité. Telle était la conséquence du refus des chinois de se réformer lors des dernières décennies du règne de la dynastie des Qings. Il y eut la guerre de l’opium, la destruction du palais d’été par les français et anglais. En résumé, les chinois subirent de grandes humiliations.

Cela n’empêcha pas les chinois de se reconstruire, de se relever. A un moment, ils ont dû se dire : « notre pays est l’héritier d’une tradition plurimillénaire. Nous avions subi des humiliations dans le passé, nous avions fait face. Aujourd’hui encore, nous relèverons le défi de faire de notre pays, un pays qui compte dans le monde ». Ils y sont arrivés ou sont en train d’y arriver.     

           

Le problème n’est pas de subir des humiliations mais de s’apitoyer sur son sort, de se dire qu’on ne s’en relèvera jamais. En pensant ainsi, c’est assuré qu’on ne s’en relèvera jamais. C’est le problème du discours que tiennent les africains. Oui l’Afrique a subi l’esclavage, oui l’Afrique a été colonisée mais l’Afrique n’est pas le seul continent qui a souffert – peut-être qu’elle a plus souffert – mais la réponse à cette souffrance passée n’est pas la plainte, elle doit être la volonté et l’action de se dire : plus jamais ça.

Se parler plus positivement.

Cela commence par changer la manière d’apprendre l’histoire aux élèves et étudiants africains, c’est nous approprier notre histoire, c’est y mettre de l’emphase. Je suis en train de lire le livre L’Afrique Noire Précoloniale, écrit par Cheikh Anta Diop. J’y découvre que l’Afrique a toujours eu une organisation politico-sociale très développée. Contrairement à ce que voulaient nous faire croire les colons, l’Afrique est toujours entrée dans l’histoire. Que les colons, parce que c’était dans leur intérêt, essayaient de nous inculquer ça oui, mais qu’après plus de cinquante ans d’indépendance, nous maintenons cette version, est problématique.

           

Il y a un débat actuel sur la débaptisation des rues au Sénégal. Mon opinion est que certaines rues doivent être débaptisées, et maintenant. Une personne qui disait que les blancs sont supérieurs aux noirs ne mérite pas d’avoir une rue dans notre pays. Cela ne doit pas être un débat, c’est une évidence. Aucun peuple qui se respecte n’accepterait cela. Débaptiser les rues ne développera pas un Etat, mais il engendrera une appropriation de l’histoire d’un pays par ses habitants.

Se respecter et imposer le respect.

           

On l’oublie souvent mais le développement n’est pas qu’économique, il est aussi changement de mentalité, confiance en son pays. Un pays qui se dit incapable de se développer, qui fait croire cela à ses habitants, est un pays qui ne se développera pas. De la même manière qu’une personne qui pense qu’elle échouera sa vie, échouera sa vie, un Etat qui fait croire à ses habitants – peut-être pas sciemment mais par ses actions – est un Etat qui se condamne.

Les habitants ont besoin d’une impulsion, d’une vision, d’un espoir pour donner le meilleur d’eux-mêmes. Ils doivent croire qu’ils peuvent changer leur situation, et celle de leur Etat, par la même occasion. C’est dire et montrer à la population que travaillons ensemble, relevons les défis, faisons de notre pays , un pays qui compte dans le monde.

           

Israël est une inspiration. Après le Shoah, ses fondateurs se sont dit plus jamais ça, plus jamais de génocide de notre peuple. Israël a prospéré, ses habitants sont l’un des plus éduqués au monde, il fait partie des Etats où sont créés le plus de startups au monde. L’agriculture dans le désert du Néguev est la preuve que tout est possible à une population qui s’en croit capable. S’il s’était contenté de dire que le peuple juif a été presque exterminé, qu’ils sont des perdants, il n’aurait pas eu le courage et la volonté d’entreprendre ces actions pour aller de l’avant.

Nous pouvons y arriver.

           

A nous pays africains qui avons subi l’humiliation, on ne peut continuer de la ressasser. L’histoire ne sert qu’à une chose : apprendre pour ne plus subir la même chose. Aujourd’hui nous devons nous dire que nos Etats doivent compter dans le monde, nos petit-enfants se diront que leurs grands-pères avaient souffert mais qu’ils avaient relevé le défi pour hisser leur continent haut dans le monde. Beaucoup d’Etats l’ont fait, nous pouvons le faire. Le défaitisme n’engendrera que la défaite. La pensée de perdant doit changer en un passé de conquérant, sûr qu’il atteindra ses objectifs.

           

Les transformations peuvent être spectaculaires quand un Etat adopte une telle mentalité. En une génération, il peut croître à une telle vitesse que tout le monde sera surpris. Ce sursaut doit commencer maintenant : se respecter, agir d’une manière qui favorise notre développement. Cela n’est pas bien difficile et peut commencer aujourd’hui.

           

Quand je lis l’histoire du Japon, quand les Etats-Unis l’obligèrent à ouvrir ses frontières en 1853, quand ils battirent la Russie en 1905, je garde l’espoir que le changement peut être rapide, si on s’en donne les moyens. Un Etat peut très vite se développer s’il le veut vraiment. C’est l’avenir que nous devons regarder, en apprenant du passé et non en le ressassant. C’est une Afrique conquérante, qui compte dans le monde que je veux voir. Nous y parviendrons si nous y croyons et nous en donnons les moyens.

  • Comme disait l’autre la fin de l’histoire dépend de celui qui la raconte; vu qu’on a laissé d’autres écrire notre histoire à notre place c’est normale de s’attendre à être caricaturé et être peint négativement selon moi il est temps de prendre nos responsabilité et de réécrire l’histoire de façon à rétablir la vérité et nos valoriser comme il se doit

    • C’est bien ça Mamita. On laisse d’autres raconter notre histoire, ce qui est anormal.

      Aussi cela doit-il changer. Un proverbe bien de chez nous dit que « tant que les lions n’auront pas leurs historiens, les récits tourneront toujours à l’avantage des chasseurs »

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